jeudi 11 décembre 2008

Initiation et Tradition.

Initiation et Tradition.


De la Tradition à l'histoire : voilà le chemin obligé en dehors duquel nous menacent, selon les cas, l'intolérance ou l'illusion. Mais la dialectique initiatique consiste, en permanence, à nier ce que l'on a affirmé, pour tenter une synthèse plus haute. Alors, au terme de notre démarche, ce qui importe, ce n'est évidemment pas l'histoire, mais la Tradition, car ce que nous promet la Maçonnerie, ce n'est pas un savoir, mais une sagesse. Nos Loges sont nos laboratoires, et le laboratoire conduit, parfois, à l'oratoire. Disons, plus simplement, que la réflexion, l'abord intellectuelle, qu'il ne faut pas refuser ni minimiser - car on ne fait rien de grand sans exercer un peu son intelligence - doit être finalement dépassé, transcendé, pour ouvrir à l'approfondissement, à la méditation, et peut-être à la découverte de ce fameux secret qui se cache, dit-on, au cœur de l'Initiation, comme il se dissimule aussi dans les replis de l'histoire. Celui-ci, précisément, ne serait-il pas le symbole et le reflet de celui-là, et cette recherche ne conduirait-elle pas à la quête ?
Ainsi, pour quiconque s'interroge, comme nous le faisons nous-mêmes, sur la tradition initiatique, l'Initiation est d'une certaine manière une méditation sur l'histoire, aussi bien celle d'un homme singulier que celle de tous les peuples, car l'histoire comme l'Initiation elle-même, est fondamentalement un secret. Un grand initiateur, Martinès de Pasqually, enseignait déjà que la caractéristique essentielle - et la plus cruelle - du monde manifesté n'était pas d'être matériel, mais d'être temporel, soumis à la durée, et emporté par le devenir. Entravant le dialogue immédiat que l'homme, dans son premier état de gloire, entretenait avec son Créateur, le temps historique, avec la Chute, s'est inséré. Depuis lors, le message du Créateur est une énigme, un secret, et ce secret s'incarne dans l'histoire au sein de laquelle l'homme chemine. Comme dans le célèbre poème de Baudelaire, il y "passe à travers des forêts de symboles qui l'observent avec des regards familiers".
Alors, si l'Initiation est une voie privilégiée pour retrouver la vérité, elle passe par une intériorisation, presque une mystique de l'histoire, car déchiffrer l'histoire, c'est s'en affranchir, et décrypter son secret, c'est se libérer du temps.

mercredi 10 décembre 2008

Un peu d'Histoire.

Origines de la Franc-Maçonnerie.

a) La franc-maçonnerie : fille du compagnonnage ?
L'origine compagnonnique de la franc-maçonnerie est une des thèses répandues par les historiens. De fait, on retrouve dans la franc-maçonnerie la plupart des symboles utilisés pendant plus de mille ans par les compagnons du Devoir. Les grades sont restés longtemps les mêmes : apprentis, compagnons et maîtres. La légende des origines est identique : les francs-maçons se disent « Enfants de la Veuve », car ils s'identifient à Hiram, maître architecte du Temple de Salomon et fils d'une veuve de Tyr. Le meurtre d'Hiram par des mauvais compagnons deviendra d'ailleurs le mythe fondateur de la philosophie maçonnique comme on le verra plus loin. Quant aux symboles, l'équerre et le compas sont les insignes des deux Fraternités.

b) De la franc-maçonnerie « opérative » à la franc-maçonnerie "spéculative" ?

Cependant, l'origine compagnonnique de la franc-maçonnerie est controversée et de récentes études penchent pour d'autres hypothèses.
André Combes, historien et franc-maçon, pense que la maçonnerie de métier a disparu sur le continent européen à la fin du Moyen-Age. Il n'aurait plus subsisté que quelques loges allemandes de tailleurs de pierre à l'aube du XVIIIè siècle. Selon cet historien, la maçonnerie professionnelle aurait survécu en Angleterre et en Ecosse. Elle se serait adaptée à son époque après la construction des dernières cathédrales. Pour survivre, les loges auraient admis en leur sein des bourgeois et des nobles. Ces notables étaient désireux de percer les « secrets » du métier. Ils vont transformer la franc-maçonnerie opérative , celle de la pierre, en franc-maçonnerie spéculative celle de la philosophie. Les ouvriers appellent les nouveaux membres issus de la bourgeoisie les maçons acceptés. Ces francs-maçons d'un nouveau genre vont s'efforcer de construire une société meilleure selon les plans du Grand Architecte de l'Univers, leur guide spirituel. Les secrets de la franc-maçonnerie qui étaient liés aux métiers de tailleur de pierre ou d'architecte vont être remplacés par les mystères en vogue. Les « maçons acceptés » vont introduire l'alchimie, la kabbale, les principes réformateurs de la Rose-croix (ordre ésotérique allemand inventé par un homme de lettres mystérieux dénommé Christian Rosencreutz) et d'autres doctrines hermétistes. La philosophie maçonnique s'enrichit et la loge devient un lieu de rencontre en vogue. Les catholiques y côtoient les protestants et les déistes qui croient en un dieu non révélé : le Grand Architecte de l'Univers.

A la suite de ces réformes, quatre loges londoniennes se réunissent en 1717 pour former la Grande Loge de Londres. Les francs-maçons élisent un Grand-Maître : Anthony Sayer en 1717. En 1719, Jean-Théophile Désaguliers, physicien et fils de huguenot français est le nouveau Grand-Maître. Désaguliers et le pasteur James Anderson rédigent ensemble les Constitutions d'Anderson (1723). Ces constitutions forment le manifeste de la franc-maçonnerie spéculative. En ce qui concerne la religion, les constitutions sont révolutionnaires car elles tolèrent toutes les opinions particulières et inventent une nouvelle « croyance » : l'amitié qui s'exprime par la sincérité et la bonté :

Un Maçon est obligé, en vertu de son Titre, d'obéir à la Loi morale ; et s'il entend bien l'Art, il ne sera jamais un Athée stupide, ni un Libertin sans Religion. Dans les anciens Temps les Maçons étaient obligés dans chaque Pays de professer la Religion de leur Patrie ou Nation quelle qu'elle soit ; Mais aujourd'hui, laissant à eux mêmes leurs opinions particulières, on trouve plus à propos de les obliger seulement à suivre la Religion, sur laquelle tous les Hommes sont d'accord. Elle consiste à être bons, sincères, modestes et gens d'honneur, par quelque Dénomination ou Croyance particulière qu'on puisse être distingué : d'où il s'ensuit que la Maçonnerie est le Centre de l'Union et le Moyen de concilier une sincère Amitié parmi des Personnes, qui n'auraient jamais pu sans cela se rendre familières entre elles.
Les Constitutions ne sont donc pas les lois d'une Eglise quelconque puisqu'elles transcendent toutes les religions. On oblige nullement le maçon à être positivement un croyant. Il est indiqué que s'il entend bien l’art, le maçon ne sera pas un incroyant mais un déiste.

Quelques images...

Voici une petite video...

mardi 9 décembre 2008

Le Grand Architecte de l'Univers.



Pour toi, Cherchant, sans renoncer aux affections permises ni aux devoirs de ton état, tu peux laisser aller ton âme et ton cœur à cette radieuse tendresse envers tous, tendresse qui te pénétrera si tu les considères comme ce qu'ils sont, des frères venus d'un même Père céleste, mais qui ne sont pas encore arrivés au stade que tu parcours. Que cette pitié fraternelle soit le fond commun de toutes les affections que tu éprouveras en dehors de ton foyer et, là encore, fais le départ entre ce qui est licite et ce qui ne l'est point. Car les passions ne sont pas interdites par un caprice du législateur; elles doivent être écartées de l'adepte, parce que ce sont elles qui troublent son esprit, le conduisent au mal. Pour toi, Cherchant, crée en ton cœur le plus de calme possible, écartes-en toute violence, car ton âme doit être sans cesse comme un lac paisible où se mirent les lumières venues d'En haut. Pas plus que la lumière visible ne se mire en une eau troublée, ces lumières ne peuvent atteindre que les âmes où règnent les joies pures, les affections désintéressées, la Beauté pure, la Sérénité parfaite.

Le désir d'Initiation.

Ami, tu connaîtras le doute, comme les anciens l'ont connu avant toi. Le doute est un voile de l'obscurité, mais il t'empêchera aussi de commettre les erreurs du téméraire. Il va te falloir t'asseoir sur les bancs de notre école pour de longues années et apprendre sans relâche mais au bout du chemin, aucun diplôme ne te sera remis. Ne confond pas non plus la porte de notre Maison avec celle de ton temple intérieur. Tu peux sortir d'ici quand bon te semblera mais, je te le rappelle, tu ne pourras renoncer au chemin qui commence sur le parvis de ton temple.“La vocation initiatique se rencontre seulement parmi des vagabonds spirituels et mystiques, qui errent dans la nuit après avoir déserté leurs églises, leurs écoles philosophiques ou leurs gourous, faute d'y avoir trouvé la vraie lumière.”L'initiation, tout comme l'art, ne doit pas être une fin en soi pour toi. Il te faut connaître pourquoi tu désires te faire initier. Fais attention que ton vœu ne soit pas dicté par la simple curiosité car le désir de sensationnel occulte risquerait de te décevoir.Ton désir d'être initié doit venir de l'amour de servir ou du désir de connaissance (connaître voulant dire naître avec). Tu dois désirer de tout ton cœur et de toute ton âme la connaissance des mystères de la vie universelle.L'initiation n'est qu'une clé qui ouvre une porte, celle de ton devenir. Elle te donne accès à un monde beaucoup plus vaste que celui que tu foules aujourd'hui. Nous te donnerons, au fil du temps, tout ce que nous avons aujourd'hui. Tu seras des nôtres et tu auras en partage notre connaissance ainsi que notre pain de vie. Nous t'enseignerons la Sagesse de nos Maîtres transmis de siècle en siècle. Mais avant, il nous reste quelques mots à te dire sur notre Ordre : nos compagnons pratiquent comme principaux devoirs :Honorer Dieu.Honorer et conserver les biens de l'Ordre.Soutenir leurs frères et sœurs compagnons en toute circonstance.

Les compagnons partagent entre eux tous les bienfaits qu'ils reçoivent de la vie car ils savent que ces bienfaits leur sont transmis par Dieu pour qu'ils puissent venir en aide aux autres. N'oublie pas que le mot compagnon veut dire “partage du pain”. Compagnon vient du mot latin “companis” et veut dire : qui partage le pain. Les compagnons partagent entre eux un enseignement philosophique Traditionnel, transmis depuis des siècles par l'initiation. Cet enseignement est holistique. Il comprend la philosophie, la théosophie, la gnose christique et la psychologie mystique. Il préfigure la transformation du vieil homme en un homme nouveau, spirituel et divin. La croix qu'il porte sur l'épaule représente le vieil homme et ses souffrances dans ce monde.Le but du compagnon est de partager son pain avec ses frères et sœurs, au sens propre comme au figuré.Notre Ordre n'est ni une société secrète, ni une secte, ni un ordre laïc mais un rassemblement d'hommes libres œuvrant dans un même but. Rien ne sera caché à celui qui se montre digne de recevoir les arcanes de nos pères. Si tu nous trouves discrets, c'est tout simplement parce que nous n'avons aucune ambition prosélytiste. Nous ne courons après personne et ne cherchons à convaincre qui que ce soit. Nos Maîtres sont anonymes et souvent inconnus de tous. Pour éviter tout culte de la personnalité, ils vivent parmi les hommes, comme le commun des mortels. Ici, nul gourou n'est à vénérer…

lundi 8 décembre 2008

Les Fêtes Solsticiales Traditionnelles.

Les Fêtes solsticiales.

Les fêtes solsticiales (autour des 21 juin et 21 décembre) ne reflètent pas le caractère des saisons. Le solstice d'hiver, saison habituellement froide, triste et sombre, inaugure en fait le début de la phase ascendante du soleil dans le ciel vers la lumière. Le solstice d'été, saison d'ordinaire chaude, joyeuse et claire, amorce au contraire la phase descendante de l'astre vers l'obscurité. Les fêtes solsticiales renvoient au symbolisme romain de Janus (de “janua” qui signifie porte), le dieu aux deux visages et, plus tardivement, aux fêtes chrétiennes de la Saint-Jean d'hiver (Jean l'Évangéliste fêté le 27 décembre) et de la Saint-Jean d'été (Jean le Baptiste fêté le 24 juin).
Jean le Baptiste était, avec Jésus, l'un des innombrables maîtres qui pullulaient en Orient en général et en Palestine en particulier. Jean le Baptiste s'est effacé devant la venue du Sauveur comme en témoigne les évangiles: “Il faut qu'il croisse (Jésus né au solstice d'hiver) et que je diminue (Jean le Baptiste né au solstice d'été)” 1, en pleine conformité avec les deux phases ascendante et descendante du soleil.
Janus, le dieu à double visage, regarde à la fois en direction de la phase ascendante et de la phase descendante du soleil. Il est le gardien des portes solsticiales ouvrant sur ces deux phases et le détenteur de deux clés qui sont ses principaux attributs. La clé d'or ouvre ou ferme la voie ascendante vers la lumière ou la connaissance spirituelle; la clé d'argent (ou le sceptre) ouvre ou ferme la voie descendante vers l'obscurité ou l'ignorance (spirituelle). Les clés font de Janus le dieu de l'initiation aux “mystères”:
La porte des hommes, associée au solstice d'été, donne accès aux “petits mystères” qui consistent en une régénération psychique complète produisant un individu (“individuum” ou indivisible), c'est-à-dire centré en lui-même et non plus dispersé entre ses différentes tendances. Cette porte ouvre la voie à l'état proprement humain.
La porte des dieux, en relation avec le solstice d'hiver, donne accès aux “grands mystères” qui mènent l'être de l'état humain à l'état supra-humain ou spirituel et identifie le centre de l'individu avec celui de l'être total, résidence de l'Un.
Janus présidait aux “Collegia Fabrorum”, les corporations des métiers du monde antique. Les constructeurs transmettaient leur “Art” uniquement aux disciples dignes de ce nom. Les postulants devaient non seulement posséder les aptitudes pour le travail, mais aussi des qualités propres leur permettant d'être initiés aux “mystères”. De même que les constructeurs rassemblaient des matériaux épars pour réaliser un édifice unique, les postulants devaient également rassembler leurs qualités propres pour devenir un individu.
La tradition antique de l'initiation s'est d'ailleurs transmise au monde chrétien pour se poursuivre au Moyen Âge au travers des corporations de constructeurs et du Compagnonnage (artisans, verriers, tailleurs de pierre, sculpteurs, peintres, charpentiers, menuisiers, forgerons etc.) qui eurent les Deux Saint-Jean pour patrons.

La Franc-Maçonnerie Traditionnelle

Nous, Maçons Traditionnels Libres, au sein d'une R L Libre, sans cesse à la recherche de la plus grande liberté de pensée et de recherche de, et par l'Etre humain, déclarons souscrire aux règles, définitions et principes suivants et nous engager à les respecter en toutes circonstances.

La FRANC-MAÇONNERIE est de nature spirituelle, religieuse et traditionnelle. Elle a pour but la transformation initiatique de ses membres par la méditation de la Loi d'Amour de l'Evangile de Saint Jean et la pratique rigoureuse des Usages, des Rites et des Cérémonies maçonniques. Cette transformation doit, et ne saurait s'opérer effectivement, que dans un climat de tolérance, de modestie, de modération, de discrétion, de loyauté absolue, de calme et de courtoisie.

C'est pourquoi la FRANC-MAÇONNERIE doit bannir avec une extrême rigueur de ses Loges, sous peine de manquer à sa mission fondamentale, tout ce qui est contraire à ces définitions. Elle doit notamment se refuser à toute activité dans le domaine confessionnel, politique, social, économique et financier, ce qui est une source abondante de mésentente et de conflits entre ses membres. Les Loges s’interdiront tout exposé et tout travail sur ces sujets et leurs membres s’abstiendront de toute conversation de ce genre lors des réunions maçonniques quelles qu’elles soient.
Les Maçons se doivent également d’observer une grande décence dans leurs propos et de s’abstenir de tout excès susceptible de modifier et d’altérer leur comportement.

Les Loges sont dirigées de façon collégiale par les Maîtres Maçons réunis en Conférence de Maîtres, limitée aux seuls membres actifs. La Plus large unanimité est toujours recherchée.

Les Maçons Traditionnels Libres constatent que le pluralisme des Rites est désormais une réalité maçonnique qui doit être admise. Ils affirment qu’à travers ce pluralisme des Rites une recherche initiatique méthodique et prudente doit permettre de retrouver l’essence traditionnelle de la Maçonnerie. Les Rites ne s’excluent pas, ils se complètent. Il doivent conserver tous leur plus grande pureté ainsi que leurs traditions et usages propres. Un Maître Maçon peut pratiquer plusieurs Rites, mais il faut dans ce cas qu’il s’abstienne soigneusement de les mêler par ignorance ou par un désir irréfléchi de bien faire.

Enfin les Maçons Traditionnels Libres portent tout leur intérêt à la Maçonnerie opérative d’avant 1717, ainsi qu’aux systèmes opératifs qui auraient survécu jusqu’à nos jours et se réservent le droit de les pratiquer soit d’y puiser les enseignement nécessaires à une meilleure compréhension de leurs Rites.
Ils adoptent les armes accordées en 1472 à la Compagnie des Maçons de Londres et sa plus ancienne devise : “ God is our guide ”, “ Dieu est notre guide ”, qui doit s’entendre dans tous les sens mais aussi et surtout au sens opératif, en se souvenant que l’Eternel sur le Sinaï guida Moïse en lui donnant tous les plans du tabernacle, qui devait lui-même être le modèle du Temple élevé à Jérusalem sous les ordres du Roi Salomon, avec l’aide du Roi Hiram de Tyr et le précieux concours d’Hiram Abif.


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